Xavier Jaglin - Blog Républicain de Xavier Jaglin - Conseiller municipal et intercommunal d'Argentan

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République Solidaire

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mardi 13 décembre 2011

Message de Dominique de Villepin après s'être déclaré candidat

Chère Amie, Cher Ami,

J'ai annoncé ma décision de me présenter à l'élection présidentielle. C'était, je ne le cache pas, une décision difficile, car je ne suis pas, comme d'autres, un candidat de naissance ou de profession dont tout le parcours serait dirigé vers la candidature. Difficile aussi, car tout a été fait pour m'empêcher d'être candidat, des débauchages de personnes jusqu'à l'acharnement personnel. Je mesure aussi toutes les difficultés concrètes d'un tel engagement. Mais j'ai confiance en notre message et en notre espérance.

Dans la souffrance de la France aujourd'hui, dans le désarroi et au milieu des tentations du renoncement, ma conscience m'interdit de rester silencieux. Comme beaucoup de Français, je ne supporte pas l'humiliation dans laquelle vit notre pays aujourd'hui. Nous nous sentons, en tant que nation, humiliés par les marchés qui sont convaincus qu'il leur reviendra de choisir le prochain Président de la France et qu'ils font la loi en Europe. Humiliés par un jeu politique qui se moque des Français, avec des partis occupés à leurs petits arrangements. Montrons à ces partis qu'une alternative est possible. Humiliés aussi par les rancoeurs, les peurs, les haines qui deviennent le seul refuge des nations privées de dignité.

Cette humiliation n'est pas une fatalité. Nous en sommes seuls responsables. J'ai infiniment confiance dans mon pays, dans son destin et dans ses atouts formidables. Je connais le monde. Je sais tous les défis qui nous attendent, mais je sais aussi l'attente et parfois l'admiration que suscite notre pays, pour son indépendance, pour son modèle social, pour son message universel.

C'est pourquoi 2012 doit devenir le rendez-vous du courage, de la vérité et de la volonté. Il y a un chemin. Il y a des solutions. Si les grands partis ne les proposent pas, c'est qu'ils sont prisonniers de leurs clientèles, prisonniers de leurs habitudes et de leurs calculs. Le rassemblement national, voilà la première réponse, le rassemblement politique, l'union nationale, mais aussi la mobilisation générale de tous les salariés, entrepreneurs, agents publics. Pour cela, j'ai la conviction qu'il nous faut faire plus de place aux salariés dans la décision avec la cogestion. Pour cela nous avons aussi besoin de plus de démocratie, de plus de référendum. Le sursaut économique est la deuxième réponse, parce que nous nous laissons aller. Il y a plus grave encore que nos comptes publics, c'est le taux de chômage et le déficit commercial, parce qu'ils veulent dire que nous ne produisons plus assez, que nous ne vendons plus assez. Nous portons des propositions fortes qu'il nous faut désormais faire mieux entendre. La refondation politique, enfin, est la troisième réponse, parce que notre république est devenue impuissante, complexe, soumise aux intérêts particuliers. Il faut huit a dix grandes régions, une dizaine de grands ministères réellement efficaces.

Dans cette bataille présidentielle, nous n'entrons pas dépourvus d'atouts. Nous pouvons nous appuyer sur une expérience et un bilan. Mes deux années de gouvernement, ce sont 50 milliards de déficits en moins. Les cinq années depuis 2007, ce sont 500 milliards de dettes de plus. En deux ans, nous avions 600 000 chômeurs de moins. Nous pouvons nous appuyer sur ce que nous avons construit avec patience et cohérence avec nos convictions républicaines tout au long des dernières années avec République Solidaire, depuis la formidable aventure de la halle Freyssinet. Nous pouvons nous appuyer sur une certaine idée de la France, sur l'exigence et sur le sens du service et de l'intérêt général.

Tout au long de ces mois, j'ai pu compter sur votre soutien et votre engagement et je vous en suis reconnaissant. J'ai reçu dans les dernières semaines de nombreux messages chaleureux qui m'ont beaucoup aidé dans cette décision. Nous entrons maintenant dans un nouveau temps, celui de la mobilisation et de l'action. Nous aurons besoin de tous les talents, de toutes les imaginations pour frayer un chemin à nos idées dans un jeu politique qui ne reculera devant rien pour nous empêcher de faire entendre une voix différente. Chacun doit désormais trouver sa place pour apporter sa pleine contribution à nos victoires.

Très amicalement,

Dominique de VILLEPIN

jeudi 5 mai 2011

Le principe du Revenu Citoyen proposé par Dominique de Villepin défendu par le très libéral Alain Madelin

Alain Madelin Un revenu minimum garanti pour tous les Français ?

"Au banc d’essai des propositions de la campagne présidentielle, le « revenu citoyen » proposé par Dominique de Villepin mérite d’être testé. A savoir, un revenu garanti pour tout Français sans ressources et dégressif jusqu’à 1 500€ pour les faibles revenus. Les observateurs n’ont guère été tendres avec cette proposition. Il serait pourtant dommage que l’emphase de la présentation (rien de moins qu’un nouveau droit de l’homme universel !) et la facture d’une mesure trop généreusement calculée (rien de moins que 30 milliards d’euros par an !) ne viennent gâcher une bonne idée.

En fait, le « revenu citoyen » emprunte à deux propositions connues, l’une utopique, celle de « l’allocation universelle », l’autre plus réaliste et déjà mise en œuvre de par le monde, celle de « l’impôt négatif ».

L’allocation universelle est présentée sous de nombreuses formes. La plus élaborée est celle de Philippe van Parijs, chercheur à l’université de Louvain et disciple de John Rawls : une somme d’argent périodiquement versée inconditionnellement par l’État à chacun citoyen. Sans qu’il soit besoin de développer ici, il est sûr qu’une telle allocation se heurte à de multiples effets pervers et au problème de son financement. Inscrite dans une idéologie de l’abolition de la contrainte du travail, elle pose en outre une question morale dès lors que tout bénéficiaire est exonéré de l’obligation de réciprocité au cœur du lien social.

L’impôt négatif consiste en une allocation dégressive servi à tous les citoyens dont les revenus sont nuls ou faibles. C’est là une idée popularisée dans les années 60 par le cercle des économistes américains de Chicago autour du prix Nobel Milton Friedman. Elle a été notamment mise en œuvre aux États-Unis dans les années 70 sous la forme de « l’Earned Income Tax Credit » et en Angleterre par John Major puis Tony Blair sous forme du « Working Family Tax Credit ».

En France, l’impôt négatif a longtemps été proposé par les libéraux sous forme d’un « revenu familial minimum garanti ». Avec d’une part, un revenu minimum de base ayant vocation à se substituer à nos minima sociaux (RMI, allocation d’insertion, allocation de solidarité spécifique, allocation de parent isolé, chômage longue durée, allocation d’adulte handicapé, minimum vieillesse, minimum d’invalidité, allocation logement, exonération de la taxe d’habitation…). Avec d’autre part un complément de revenus dégressif en cas d’activité jusqu’à un certain plafond. Ce qui permet à la fois de faciliter la reprise du travail pour celles et ceux qui sont enfermés dans la « trappe à inactivité » et de soutenir le revenu des « travailleurs pauvres ».

Un tel revenu a d’ailleurs failli être mis en œuvre par le gouvernement de Lionel Jospin, en 2000-2001, après que le Conseil d’Analyse Economique ait recommandé la création d’une « allocation universelle » ajustée sur la composition du ménage, se rapprochant le plus possible de ce qu’il appelait « le système idéal de l’impôt négatif ».

Cette idée reçue alors bien des renforts, celui de l’économiste Thomas Piketty, de Michel Rocard (qui publiera un article « crédit d’impôt : pas de timidité camarade ! »), et même le soutien du Président de la République Jacques Chirac et de la majorité du Sénat qui proposera et votera un dispositif en ce sens en janvier 2001. Hélas, après avoir imaginé un crédit d’impôt imputable sur la CSG, cette proposition audacieuse se réduira – après son invalidation par le Conseil Constitutionnel - à l’ajout d’une « prime pour l’emploi » aux dispositifs sociaux existants.

Deux conclusions peuvent être tirées de ces tentatives. D’une part, « l’impôt négatif » n’est pas aujourd’hui une idée partisane. Les conditions sont aujourd’hui réunies pour réfléchir à sa mise en œuvre, au-delà de la gauche et de la droite. D’autre part, pour être vraiment efficace, un « revenu familial minimum garanti » se doit d’être au cœur de réformes d’ampleur de notre fiscalité, des mécanismes d’assistance et des dispositifs d’assurance de notre Etat-Providence.

Réflexion et prudence s’imposent cependant car de nombreux effets pervers sont possibles. Ne va-t-on pas encourager les employeurs à maintenir les salaires au plus bas sachant que les bas salaires seront complétés par une allocation d’Etat ?

Ne va-t-on pas exagérément favoriser le temps partiel dès lors que cette rémunération est complétée par l’impôt ? Ne risque-t-on pas de faire de ce revenu minimum un enfermement ou même un choix de vie ? Toutes ces critiques sont sérieuses. La littérature économique a d’ailleurs abondamment décrit les effets pervers moraux et économiques des « poor laws » et du « Speenhamland Act », précurseurs, en Angleterre au 19ème siècle de notre moderne « impôt négatif ». En fait, si des précautions sont assurément à prendre, il est facile d’observer que « l’impôt négatif » en simplifiant notre système social ne fait que rendre plus apparent des effets pervers qui existent déjà, dissimulés dans notre maquis social.

C’est pourquoi pour éviter que les mécanismes de filet de sécurité – c’est vrai du RMI comme de toutes les formes d’impôt négatif -, il est souvent proposé de les accompagner de politiques d’insertion (de « workfare) plus ou moins contraignantes. Leur mise en œuvre est délicate mais elle est légitime. Il ne doit pas s’agir de « punir » mais d’offrir des chances de sortir de l’assistance, de ne pas se sentir inutile et rejeté par la société et de retrouver l’estime de soi dans un travail, fut-il d’utilité sociale au service de la collectivité.

Le « revenu minimum familial garanti » n’a de sens que s’il est conçu comme un filet de sécurité simple et efficace dont le champ a vocation à se réduire grâce à la croissance par le retour au plein emploi et par des revalorisations salariales continues, l’Etat n’ayant pas vocation à assister l’employeur pour distribuer des salaires décents "

2 mai 2011 Alain Madelin

Repris sur www.alainmadelin.fr