Philippe Séguin était une personnalité hors du commun. Son indépendance d'esprit et sa fidélité aux valeurs républicaines en faisaient un homme politique à part, un homme d'honneur. Sa seule ambition était de servir la France. Il lui restera fidèle jusqu'à desservir la réalisation de son propre intérêt. Son courage et son honnêteté intellectuelle étaient exemplaires. Les mots liberté égalité fraternité laïcité et indépendance résumaient à son sens pleinement notre identité culturelle. Républicain intransigeant, partisan d'un état qui régule et qui impulse, défenseur de l'indépendance nationale, de l'Europe des nations et de la place singulière de la France dans le monde, ce gaulliste social avait la passion de l'intérêt général. Il m'avait fait l'honneur de venir m'apporter son soutien, c'était en 1998 à Fontenai-sur-Orne et il restera pour moi une lumière qui brille dans le monde souvent ténébreux de la politique.

Sa disparition me marque profondément car je lui dois ma formation intellectuelle. Parallèlement à mon engagement aux côtés de Jacques Chirac en 1994, je faisais partie des équipes de Philippe Séguin de 1994 à 2001, en tant que membre du bureau du RAP (Rassemblement pour une Autre Politique) , formation politique qu'il avait créé pour conquérir le RPR - ce qui fut fait en 1997 - puis rédacteur en chef de Graph Magazine (mensuel des jeunes RPR) et directeur de l'école des cadres du RPR. C'est à cette période que j'ai commencé à travailler avec François Fillon. Localement, j'étais le séguiniste de l'étape. Je ne suis donc pas le vilain petit canard de la droite ornaise depuis peu. Pour la petite histoire, Philippe Séguin souhaitait un profond renouvellement lors des élections régionales de 1998. Face à la résistance des élus dans l'Orne, il avait décidé de ne pas venir leur apporter son appui localement. Mais, comme il s'était engagé auprès de moi à me soutenir sur le terrain lors de mon premier engagement électoral sur le canton d'Argentan Ouest, il vint finalement dans l'Orne, dans le canton, mais sa visite fut complètement récupérée et phagocytée par les barons locaux du RPR.


Ces dernières années, Philippe Séguin aura mis à profit son retrait de la vie politique active pour donner un rôle inédit à la Cour des Comptes. Jusqu'au bout, jusqu'à la fin, il aura été un inlassable serviteur de l'état. Il m'aura appris à me tenir debout face à l'adversité, à demeurer un homme libre et à ne pas transiger sur l'essentiel. Puisse son souvenir se transformer en héritage et que ceux qui porteront le flambeau soient à la hauteur de l'exigence morale de cet homme d'état.